Nouvelle punaise en Valais

By Jacqueline Détraz-Méroz

Les punaises valaisannes accueillent une cousine américaine.

La faune suisse compte une nouvelle espèce depuis quelque temps. Une punaise originaire d’Amérique du Nord qui pour l’instant ne semble pas causer trop de problèmes.
On ne le dira jamais assez, la globalisation, l’augmentation du trafic des personnes et des marchandises permettent, n’en déplaise à certains politiciens, à certaines espèces de coloniser d’autres pays, voire d’autres continents. C’est le cas d’une punaise récemment arrivée en Suisse et dont un exemplaire a atterri sur mon bureau. Provenant du Valais (Sierre) une dame s’inquiétait …
de la présence de cette punaise à proximité de son habitation. Cette punaise, dont la taille des adultes varie entre 16 et 20 mm, appartient à la famille des Coréidés. Elle a été décrite en 1910 à partir de spécimens récoltés en Californie. Jusqu’en 1969, elle est restée confinée dans l’ouest américain (Colombie Britannique, Alberta, Arizona, Texas). Puis à partir des années 1970 on la rencontre dans l’état du Wisconsin et l’Illinois. Elle poursuivra sa progression régulièrement pour arriver dans l’état de New-York en 1990 et en Pennsylvanie en 1992. Il faudra attendre alors 1999 pour que les premiers spécimens traversant l’Atlantique se retrouvent en Italie, soit en Lombardie et Vénétie. La récolte d’individus mâles, femelles ainsi que de larves indique que des populations permanentes se sont installées dans ces régions. Depuis l’Italie du nord, la Suisse ne se trouve qu’à un saut de puce et récemment des individus ont été trouvés dans le canton du Valais. Personne n’est capable d’expliquer ces déplacements autrement que par le commerce et le transport de marchandises ou de végétaux. Cette punaise répond au doux nom anglais de « western confier bug » ou en latin de Leptoglossus occidentalis.

Il s’agit d’une punaise liée aux conifères.
D’une couleur générale brune, on peut remarquer deux V inversés blancs sur les ailes antérieures. La face dorsale de l’abdomen est jaune ou légèrement orange avec cinq bandes transverses foncées.
Aux Etats-Unis, cette espèce n’a qu’une seule génération par année. Au printemps les adultes se déplacent sur des pins ou d’autres conifères. Ils se nourrissent des graines et des structures florales. Puis la femelle dépose une bande d’œufs sur les aiguilles de l’arbre. Les œufs éclosent au bout de 10 jours et les jeunes larves commencent à se nourrir au niveau des cônes ou des aiguilles. Après 5 stades larvaires, de nouveaux adultes apparaissent à l’automne. C’est aussi à ce moment que se manifeste un comportement qui a alerté les personnes vivant à proximité de cette espèce dans les zones conquises notamment à l’est des Etats-Unis. Les adultes se rassemblent parfois en grande masse et pénètrent dans les habitations pour passer l’hiver dans un endroit sec. Il est assez gênant de partager son logis avec des insectes que l’on n’a pas forcément invités. Toutefois, il faut savoir que les punaises possèdent des glandes particulières produisant des composés volatils et assez malodorants. Dans ce cas, il faut agir comme avec toutes les punaises, soit en leur posant un petit bocal par-dessus pour les immobiliser, puis glisser un carton sous le bocal et l’emmener à l’extérieur. Si vous dérangez trop la punaise ou l’écraser, vous pourrez alors déguster à plein nez le contenu de ses glandes qui se trouvent sous le thorax.

Actuellement cette espèce n’est pas considérée comme une espèce nuisible et l’on n’a pas développé d’insecticide spécifique. En revanche il suffit de les empêcher d’entrer dans les habitations en fermant les fenêtres surtout lorsque les soirées deviennent plus fraîches et que les adultes se rassemblent pour chercher un lieu où passer l’hiver.

Daniel Cherix, dans Le Matin du 15 avril 2007; de la part de notre correspondant entomologue Yannick Chittaro

Mots-clefs : ,

Laisser un commentaire