Un petit livre à découvrir avec la véritable histoire de la bête à bon Dieu
Est-ce vraiment l’époque pour parler des coccinelles ? Détrompez-vous c’est une époque où les coccinelles adultes hibernent, et il n’est pas rare de découvrir parfois plusieurs milliers d’exemplaires formant des agglomérats rassemblés dans les interstices d’un vieux mur de jardin. Il faut dire qu’un certain nombre d’espèces de coccinelles hibernent à l’état adulte chez nous et qu’elles ont l’habitude de se rassembler pour passer la mauvaise saison ensemble.
Ce ne sont pas forcément ces habitudes là qui ont donné le statut bien particulier à cet insecte connu de tous. Depuis la nuit des temps les hommes se sont appropriés la coccinelle et lui ont accordé des vertus de porte-bonheur. N’est-elle pas capable d’annoncer le temps qu’il fera lorsqu’elle s’envole ou bout du doigt ? Mais il existe bien une histoire qui aurait donné le nom de bête à bon Dieu et qui remonterait au Xe siècle. Suite à l’assassinat à Paris d’un homme, son apprenti est soupçonné et condamné à mort malgré ses protestations. Condamné à avoir le coup tranché il y avait foule ce jour là pour assister à cette exécution. Lorsque le bourreau lève sa hanche, il aperçoit une coccinelle posée sur le coup du jeune homme. A première vue le bourreau ne pouvait se décider à trancher le cou du jeune homme, il enleva donc …la coccinelle très délicatement et lorsqu’il relève sa hache quelle n’est pas sa surprise de constater que la coccinelle était de retour sur le cou de ce pauvre jeune homme. Le bourreau eut beau insister, mais la coccinelle était obstinée, au point que le roi d’alors (Robert le Pieux) intervint et souligna que la coccinelle accomplissait là une mission divine et qu’il s’agissait d’un miracle. On gracia le jeune homme, et quelques jours plus tard le véritable coupable fut découvert. Dès lors les gens de Paris parlaient de la « beste du bon Dieu » et plus personne ne pensait à écraser ce petit insecte sans que cela apparaisse comme un sacrilège. L’histoire est sympathique et ce n’est pas la seule chose que vous allez découvrir dans ce petit ouvrage consacré à la coccinelle. En fait il s’agit avant tout du portrait de la coccinelle à 7 points (Coccinellea septempunctata), mais l’ouvrage est plein de petits détails et renseignements sur ces Coléoptères à première vue bien connus de tous.
L’une des particularités des coccinelles est de se nourrir de pucerons. En effet que cela soit au stade larvaire ou au stade adulte, la coccinelle est un prédateur très efficace. En fait depuis fort longtemps les scientifiques savaient cela et des essais de lutte biologique contre les pucerons ont été entrepris au XIXe siècle déjà. Aujourd’hui vos pouvez soit élever des coccinelles dans votre jardin en favorisant et attirant ces insectes. Le plus difficile étant de leur faire comprendre qu’ils peuvent rester chez vous. L’autre stratégie consiste à acheter des coccinelles pour les installer dans votre jardin, ce qui est possible en France dans un certain nombre de coopératives agricoles. Malheureusement il ne s’agit pas d’une espèce européenne, mais asiatique et il me semble que l’on a déjà suffisamment de peine à protéger la faune locale sans introduire des concurrents d’autres continents.
Pour terminer sur une note moins zoologique, je vous rappelle l’importance de la coccinelle dans la bande dessinée, la plus célèbre étant celle imaginée par Gotlib dans sa célèbre série Rubrique–à-brac, capable de jouer au yo-yo ou de sauter à la corde mais le plus souvent écoeurée par l’humour assez décadent de son auteur.
Philippe Huet, La Coccinelle ou la véritable histoire de la bête à bon Dieu. 2004 Editions de Terran 96 pages. Frs 28.50 (distribué en Suisse par la Librairie du Lac, 9 av de-la-Harpe, 1006 Lausanne)
Les coccinelles sont de petits coléoptères dont le corps ovale ou arrondi, bombé, mesure de 1 à 9mm. Beaucoup sont bigarrées, les élytres et le pronotum étant tachetés. Les variations de couleur sont fréquentes. Les tarses ont 4 articles mais le second est si petit qu’il semble n’y en avoir que 3. Les coccinelles vivent dans toutes sortes d’habitats. La majorité sont prédatrices, imagos et larves se nourrissant de pucerons ou de cochenilles. Les espèces phytophages sont très rares. Les coccinelles rejettent un liquide jaune orangé, à odeur désagréable, qui correspond à leur sang (hémolymphe) et qui repoussent certains prédateurs car il en est qui les mangent. Les larves vivent sur des plantes et muent trois fois tout en se développant. Les nymphoses, sur lesquelles les ébauches des pattes et des antennes sont soudées au corps, sont fixés sur des plantes.
De notre correspondant entomologue Yannick Chittaro
Mots-clefs : coccinelle, lutte biologique, Philippe Huet