“Quand il y n’a que du jaune dans un pré, c’est qu’il est pauvre en espèce et sûrement bien gras. Quand il y a un peu de blanc, c’est déjà mieux, mais quand il y a du violet, c’est que la prairie est bien diversifiée et que la biodiversité est assez élevée.” C’est à peu près les paroles d’Adrien Zeender, responsable chez Pro Natura du projet de renaturation des prairires sèches de Vercorin. Il parle évidemment des couleurs des fleurs dont la variété traduit aussi la biodiversité.
Le Temps – mercredi 27 mai 2009 par Lucia Sillig. En Valais, les prairies sèches reprennent des couleurs.
Ces zones sont en voie de disparition, Pro Natura en a défriché pour le bonheur des plantes et des animaux
La Suisse a une réputation de carte postale à tenir. Quand Heidi dévale ses montagnes, c’est au milieu d’un foisonnement de fleurs et de papillons. En cette matinée ensoleillée, les flancs du Mont, à Vercorin, ne trahissent pas l’image d’Epinal. Mais il faut dire qu’ils se trouvent au cœur d’un projet de sauvegarde des prairies et des pâturages secs lancé par Pro Natura. Ces zones particulièrement favorables à la biodiversité étaient autrefois entretenues par l’agriculture traditionnelle. Mais, moins rentables que … les prairies grasses – où poussent les plantes de milieux riches ou engraissés – elles ont peu à peu été abandonnées et la forêt regagne du terrain. Un inventaire des objets d’importance nationale et une Ordonnance de protection existent. Le feu vert du Conseil fédéral tarde toutefois à venir. En attendant, l’association de défense de la nature a lancé trois projets en Valais, aux Grisons et au Tessin.
Depuis les aventures de Heidi, à la fin du XIXe siècle, la surface de prairies et de pâturages secs en Suisse a diminué de 90%. L’intensification de l’exploitation agricole, la mécanisation du travail et les engrais chimiques sont en partie responsables. Mais les zones difficiles d’accès, en montagne notamment, ont aussi été progressivement abandonnées laissant le champ libre aux broussailles et, à plus long terme, aux arbres. Enfin, comme tout animal, l’homme apprécie ces lieux particulièrement ensoleillés et a tendance à y ériger des habitations.
A Vercorin, la zone concernée par le projet pilote de Pro Natura a été cultivée jusque vers 1945. «Ma grand-mère plantait des patates ici», raconte Olivier Hugo, conseiller communal, en regardant la praire qui s’étend à ses pieds. Le soleil de 11h heures cogne sur le sol aménagé en terrasses. Sur le versant d’en face, la forêt de sapins est si dense que l’on ne distingue pas un brin d’herbe.
«L’appauvrissement de la biodiversité se traduit visuellement, explique Adrien Zeender, responsable du projet pour Pro Natura. Si dans un champ il n’y a que du jaune, ce n’est pas très bon signe. Avec un peu de blanc, c’est déjà mieux. Mais s’il y a du violet, on sait qu’on est dans un bon pré.» A voir les fleurettes qui parsèment le chemin, on est dans un bon pré. Depuis le début du projet, il y a deux ans, 1,5 hectare a été débroussaillé, entre autres par des écoliers et des personnes accomplissant leur service civil. La suite du travail a pu être accomplie par des ânes.
Le choix s’est porté sur cet animal parce qu’un accord a été trouvé avec une éleveuse de la région. Ses bêtes se chargent de lutter contre le retour des buissons à coups de mâchoire. Elles supportent bien la chaleur et un régime relativement maigre. Plus faciles à contenir que des chèvres, elles sont toutefois moins efficaces. Certains arbres, le tremble notamment, repoussent. Pour y remédier, le nombre d’ânes a été augmenté progressivement. Cet été, ils seront quinze.
Globalement, le bilan des deux premières années est toutefois positif. La zone compte déjà 58 espèces de papillons et 19 d’orthoptères (sauterelles et criquets), dont 31 sont sur la liste des animaux menacés. «Cela montre que la recolonisation est rapide», commente Regina Joehl, qui veille au suivi de la faune. Pour confirmer ses dires, elle exhibe un papillon Apollon, tacheté de rouge, qui somnolait sur le chemin. Côté végétal, le processus prend un peu plus de temps, mais l’on peut déjà observer plusieurs sortes d’orchidées.
Outre l’intérêt écologique, Pro Natura souligne que ce type de réhabilitation est aussi important pour la qualité paysagère. Un aspect susceptible de motiver les communautés locales. «A Vercorin, nous n’avons pas d’infrastructures touristiques de masse, relève Olivier Hugo. Notre attrait, c’est notre authenticité.» Les autorités sont donc heureuses de bénéficier d’un projet qui aurait été trop cher pour la petite commune.
Pour une durée de cinq ans, il devrait coûter 330 000 francs, partagés entre Pro Natura, l’Etat du Valais et le Fonds suisse pour le paysage, notamment. L’évacuation d’une partie du bois a dû être effectuée par hélicoptère, ce qui a alourdi le budget. A terme, le canton devrait prendre la relève. «Nous espérons que lorsque l’Ordonnance entrera en vigueur de l’argent sera aussi débloqué», commente Peter Keusch, chef de la Section nature et paysage, qui souligne que la zone défrichée n’est qu’une infime partie des 4300 hectares valaisans répertoriés à l’inventaire national. «C’est clair, ajoute Adrien Zeender, nous n’avons pas la prétention de sauver toutes les prairies sèches du canton. Mais tout ce que nous aurons appris ici pourra nous servir à faire passer le message auprès des politiciens et obtenir un financement pour la suite.»
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